Face au phénomène aussi naturel que le départ de populations de zones hostiles vers des espaces plus attractifs, le monde occidental semble être préoccupé au premier degré par la migration africaine vers l'Europe, comme si la mobilité de l'humain pour raison économique n'est pas le moteur de l'histoire. La logique qui veut qu'on appauvrisse autrui et ne pas admettre que cette personne appauvrie aille chercher une vie meilleure est un refus d'une logique minimale de l'esprit. L'analyse de la pensée économique évoque la question à travers plusieurs courants. De nos jours l'analyse de la situation semble montrer une la tendance inexorable allant de la périphérie vers le centre. Le cas particulier des ressortissants africains allant vers les pays européens va particulièrement retenir notre attention dans cette contribution.
La migration africaine a des origines diverses dont les fondements sont à chercher dans les crises économiques, politiques, sociales et historiques que vivent les pays de départ. Le sous-emplois dans la quasi-totalité des États africains, le manque d'opportunités économiques en termes d'épargnes domestiques mobilisables pour financer des investissements locaux, le déclin continuel de l'agriculture, l'essoufflement de la pêche dans les environnements côtiers, largement tributaire de la concurrence des pêcheurs traditionnels par des bateaux industriels internationaux, sont autant de facteurs non exhaustifs qui amènent des milliers de jeunes africains à se jeter à l'aventure d'une immigration clandestine risquée dont le slogan actuel est « Barca ou Balsakh » (Barca ou la mort). Après les traversées les barbelés du Maroc aujourd'hui c'est par les pirogues du Sénégal et de la Mauritanie que les des jeunes africains tentent de joindre les côtes espagnoles en bravant l'océan. Demain, qui sait les autres canaux qui pourront être inventés? Force est de reconnaître que si ces jeunes ont choisi de défier la mort c'est parce que les conditions de vie à l'intérieur du continent sont devenus insupportables, et l'ensemble des sphères de durabilités que sont l'économique, le social et l'environnement connaissent un manque de soutenabilité chronique.
Dans la théorie économique cette tendance naturelle de l'homme à fuir la misère fut soulignée dès 1885 par Ravenstein qui établit que le principal motif des flux migratoires est le désir de l'Homme d'améliorer son statut sur le plan matériel. Ce désir de s'extirper de la misère et à asseoir un empire de richesse fut le même qui par le passé a amené les conquistadores d'Espagne à se lancer à la conquête du nouveau monde après une relative pacification de l'Espagne par l'alliance des deux grandes couronnes d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon qui deviennent rois d'Espagne en 1474.
Par ailleurs un autre courant de la pensée économique attribue le flux migratoire à la domination de la périphérie par le centre. Il est bien établi que depuis longtemps la plupart des activités économiques bien structurées et à fortes valeurs ajoutées dans le continent africain sont détenus par le nord et peu de répartitions y émanent pour aller vers les populations qui en supportent le plus souvent les externalités négatives en termes de pollution, dégradations de l'environnement, bouleversement culturel, pour ne citer que ceux là. Il est donc claire que si la cette tendance socioéconomique d'écart de développement se maintient la tendance naturelle qui est la mobilité du centre vers la périphérie risque aussi de se maintenir. La stabilité des flux migratoire dépendra de la volonté politique des pays de la périphérie à aller vers le développement doublé de la volonté du centre à soutenir le progrès social dans la périphérie.
La dualité inégale dans le processus de développement déclenche inévitablement un phénomène de rattrapage naturel qui s'impose à la population, ce qui nous renvoie à une autre approche par le modèle dual de l'immigration développé par Arthur Lewis (1954), Fei et Ranis (1961). Bien que développés pour décrire le processus de développement économique des pays en développement, les modèles d'économie duale peuvent servir à l'analyse de la migration. Selon l'approche dualiste, les économies se décomposent en deux secteurs: un secteur traditionnel et un secteur moderne. Le secteur traditionnel dispose d'un surplus de main d'œuvre à l'origine d'une offre illimitée de travail. Le secteur moderne absorbe ce surplus en attirant la main d'œuvre en offrant un salaire légèrement supérieur à la rémunération du secteur traditionnel (Lewis 1954, Ranis et Fei 1961).
Cette théorie prévoit donc un effet positif de la migration sur le secteur de départ en contribuant à réduire le chômage déguisé qui y prévaut et à égaliser les différences de rémunérations entre les secteurs. Le déterminant de la migration est le différentiel de rémunération entre le secteur traditionnel et le secteur moderne. Le flux migratoire perdure tant que ce différentiel n'est pas résorbé. Au niveau international, la migration de la force de travail est donc un facteur de convergence économique entre les pays. En outre la décision de migrer résulte d'un calcul rationnel au sens néoclassique du terme.
Harris et Todaro sont les premiers à avoir développé une théorie de la migration dans laquelle la décision de migrer relève d'un choix rationnel qui prend en compte les avantages et les désavantages liés à la migration (approche probabiliste). La rentabilité de migrer ou non relève donc d'un calcul coûts-bénéfices qu'opère le migrant potentiel.
A la lumière de cette exploration de la pensée économique sur le phénomène migratoire on peut retenir que le phénomène est naturel et fortement conditionné par les réalités socioéconomiques existantes à l'intérieur des États et entre les États. Les pays européens doivent retenir comme constante que tant que le sous développement existera dans les États africains rien ne pourra empêcher la jeune génération de migrer vers l'Europe, de façon légale ou de illégale, même si les frontières sont érigées en béton. La cause profonde du phénomène est celui du développement. Un ventre vide n'a point d'oreilles.
Il vient alors que la création des conditions nécessaires au développement dans les États africains permettra non seulement une certaine stabilisation des populations mais aussi forcera le respect des autres pays du monde à l'endroit du migrant africain. L'exemple de la Chine est un exemple très illustratif à cet effet. Alors que par le passé les ressortissants chinois étaient souvent rapatriés dans leur État par des charters, aujourd'hui aucun pays n'ose entreprendre cette ancienne pratique en raison du fait que l'écart de développement et de puissance s'est largement amoindri entre la Chine et les pays occidentaux.
La question centrale à se poser dans le rapport de migration entre l'Europe et l'Afrique est celle de savoir pourquoi l'Europe impliquée dans la plupart des crises sociales en Afrique refuse d'en assumer les conséquences sociales dont une des plus visibles est la migration de jeunes africains par devers eux pour la recherche d'une meilleure vie. Le fait de soutenir des régimes antidémocratiques par des interventions directes dans la vie politique africaine, l'exploitation continue et sans partage des ressources naturelles des africains, le clientélisme développé avec des dirigeants peu soucieux du devenir de leur peuple sont la conséquence directe d'une crise structurelle à l'échelle du continent. Les quelques rares pays qui essaient de s'en sortir en essayant d'initier des politiques de répartition plus justes pour leur population sont considérés comme dangereux pour l'occident et tous les moyens sont bons pour les déstabiliser. Qui plus est, le monde capitaliste en créant des modèles tels que le commerce équitable qui n'a rien d'équitable que de nom nous démontre qu'il a peut être compris mais manque d'éthique économique et de volonté politique. Il n'est donc pas étonnant que les conséquences sociales de toutes ces crises frappent de plein fouet les puissances mondiales qui l'entretiennent.
Et comme pour enfoncer le clou, la fameuse politique d'immigration choisie initiée par Nicolas Sarkozy vient une fois de plus démonter que dans le rapport soit disant bilatéral existant entre l'Europe et l'Afrique il n'y a qu'une seule partie qui devrait logiquement gagner. Les valeureux fils de l'Afrique seront utilisés pour servir le développement de l'Europe sans en payer le coût supporté par les États africains dans la formation en capital humain. Tout le monde aujourd'hui peut s'entendre sur le fait que les ressources humaines occupent une place centrale dans le développement des nations et le fait de ne pas en disposer est synonyme d'une exclusion du sentier de croissance.
Il vient alors que l'immigration en lui-même est ce qu'on peut appeler « un système complexe » dont l'analyse simple en terme de flux serait très superficielle. La maîtrise des paramètres migratoires doit relever de véritables politiques volontaristes dont la finalité demeure le développement équilibré. Au delà des disparités internes à l'intérieur des pays c'est aussi les inégalités internationales en termes de politiques appropriées et de droits d'accès qui sont en cause. Pour éviter l'immigration clandestine dans le monde en général et des africains en particulier les gouvernants ont la lourde mission de proposer des politiques concrètes dans le domaine de l'emploi, des incitations à rester, et si le monde capitaliste ne veut plus de « l'immigration non choisie » qu'il se mette à l'esprit qu'ils devra désormais laisser les pays pauvres vivre de leur richesse naturelle, intellectuelle, physique, financière disponibles. Les règles multilatérales à l'échelle internationale doivent désormais prendre en compte la gouvernance participative, un commerce réellement équitable et une coopération internationale fondée sur un jeu à somme positive pour chaque partie concernée. De là naîtra un compromis d'équilibre à l'échelle planétaire.
Ibrahima GASSAMA
AVANT TOUT JE REMERCI L'AUTEUR, vraiment c'est un tres bon travail et moi j'ai la meme vision en vers ce phenomene. je suis doctorant en economie mondiale et je travail sur l'emigration clandestine, je confronte un probleme de documentation.je ne c'est pas si quelqu'un peut aider