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Les politiques d'ajustement structurelles et leurs conséquences sur les crises sociales en Afrique

Les politiques d'ajustement structurelles et leurs conséquences sur les crises sociales en Afrique

Posté le 04.04.2008 par ibrahimagassama
Les Etats africains vivent de nos jours dans une instabilité si profonde que leur développement est compromis et leurs perspectives d'avenir floues. Les causes profondes de cette instabilité sont à rechercher dans les politiques d'ajustement structurelles instaurées et imposées aux Etats pauvres à partir de la fin des années 70 et dont les applications continuent de nos jours sous différents visages.

Il est important de procéder dans un premier temps à un rappel du fondement économique sous lequel les institutions de Bretton woods se sont camouflées pour administrer des politiques qui ont entraîné des destructions de capacité énormes aux peuples africains.

L'objectif affiché était de résoudre le double déficit des comptes macroéconomiques et macrofinanciers : L'équilibre de la balance des paiements, l'adéquation de l'offre de biens et services à la demande effective, l'égalité entre l'offre et la demande de monnaie.
La résorption des déficits par la demande utilise comme instrument principal la réduction des dépenses publiques. Cette politique a eu beaucoup d'effets négatifs sur le développement des pays africains car il s'agit explicitement de la réduction des budgets d'investissement et une partie du budget de fonctionnement compressible (dépenses communes et transferts). En d'autres termes les dépenses étatiques doivent baisser dans l'éducation, la santé, les logements, les salaires, les subventions aux entreprises etc.
Les Etats ne doivent plus intervenir sur les éléments de base qui fondent tout développement, ils ne doivent plus jouer le rôle qui leur incombe dans la société c'est-à-dire le maximum de bonheur pour le plus grand nombre comme dirait Geremy Bentham. Ils perdent alors leur souveraineté budgétaire et s'exposent à la frustration dans un contexte où la demande sociale augmente.

Les crises augmentent dans plusieurs Etats et se manifestent sous plusieurs visages : hausse des revendications des salariés, grèves d'étudiants et d'élèves qui voient leurs conditions d'étude se dégrader, grogne des chefs de famille qui ont perdu leur pouvoirs d'achat dans des marchés où les prix sont inaccessibles, etc. Certains politiciens pour narguer leurs concitoyens brandissent des taux de croissance qui dans leur fond n'expriment pas les phénomènes de répartition, de pauvreté, d'exclusion. Finalement les non avertis finissent par penser que les économistes passent leur temps à leur construire des taux de croissance qui n'ont rien à voir avec le panier de la ménagère.

Après le retournement de la conjoncture favorable des années 70, une période ou le PIB/h était presque identique entre pays riches et pays africains, ces derniers tombent dans le piège de l'endettement à une époque où les ressources oisives des pays riches étaient en recherche de rendements élevés. Ils s'endettent facilement, fiancent de grands « éléphants blancs », c'est-à-dire des projets sans utilité réelle et sans rendement. Le réveil fut douloureux, des années 80 à nos jours, car la véritable finalité des politiques dits d'ajustement structurelles était le remboursement de la dette des pays en développement à n'importe quel prix. Peu importe, pour ces institutions internationales, les conséquences que peuvent subir des Etats sortis tout fraîchement de la colonisation et de la sécheresse des années 70 pour certains pays d'Afrique de l'Ouest.
Le rapport BERG formulé par la banque mondiale apparaît au courant du début des années 80, à ce moment même où les africains ont pensé que le plan de Lagos pouvait donner un nouveau souffle à leur développement. Ce rapport soutient fondamentalement la libéralisation que les africains doivent désormais intégrer dans leur plan de développement. Un deuxième rapport fait surface en 1982 et la notion la plus importante que souligne ce rapport c'est celle du coût d'opportunité inspirée de la vision néoclassique du choix optimal. L'ajustement fait surface et les pays commencent à signer des lettres d'intension sous la supervision des institutions internationales. En Côte d'Ivoire par exemple le plan de l'ajustement structurel sera tenu pendant longtemps secret à cause de son effet dévastateur sur le développement du pays à long terme. Chaque pays est désormais tenu de rendre à la banque mondiale les efforts d'ajustement faits et cela était la condition pour les facilitations de crédits nouveaux. Les politiques se lancent alors dans des réformes de déclin pour apparaître comme les bons élèves.

A partir de 1980 l'ajustement structurel a évolué. Les Etats doivent nécessairement passer de la régulation à la privatisation et des plans d'ajustement nationaux seront élaborés à cet effet. Ces plans sont globaux et sont essentiellement économiques. En 1987 tous ces programmes s'écroulent et la banque mondiale parle de DSA (Dimension Sociale de l'Ajustement) et l'on commence à s'occuper à des questions secondaires de rapport Homme-Femme comme pour approfondir le sommeil dans lequel plonge les pays en développement, l'Afrique en particulier. La DSA dure de 1987 à 1993 et les spécialistes de la banques mondiale se demandent à quelle étape il faudrait passer car la pauvreté se mesure désormais à l'échelle humaine. Le PNUD va d'ailleurs créer l'Indice de Développement Humain en 1990. Des Documents Stratégiques de Réduction de la Pauvreté (DSRP) seront élaborés par les pays pour montrer leurs efforts de lutte contre la pauvreté. De 1993-1994 la banque mondiale instaure les Politiques d'Ajustement Sectoriels : PAS eau, PAS électricité, etc. En même temps s'y développe des réflexions sur des les politiques d'ajustement régional qui ne vont jamais voir le jour.

L'année 1994 est particulièrement symbolique pour les pays africains de la zone franc. La banque mondiale téléphone la dévaluation en 1987 et y procède en 1994. Les effets attendus, qui étaient l'amélioration de la compétitivité des états membres en vue d'un rééquilibrage du solde du commerce extérieur, seront piètres. La pauvreté, la demande sociale croissante, l'instabilité politique, etc. y sont le lot quotidien.

A partir de 1996 le développement s'analyse désormais en terme de dotation de capacités sous influence des travaux de Amartya Sen sur la notion de « capacity building ». Les ajustements vont suivre leur chemin jusqu'à arriver aux politiques (Ajustement Politique). Il S'agit là de la lutte contre la recherche de rente et le désarmement comme prétexte, la véritable raison étant l'établissement d'Etats qui soient conformes à la satisfaction d'exigences extérieurs. Le comble sera atteint quand certains, dits spécialistes, ont pensé qu'on peut procéder à un ajustement culturel en Afrique. L'étape la plus récente est celle de la lutte contre la pauvreté et le programme PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) qui consiste à accorder des facilités de crédit et de remboursement aux Pays Pauvres Très Endettés.

Le passage à l'économie de marché devient désormais le maître mot des maîtres à penser. On ferme les banques de développement, les hôpitaux perdent leur caractère non lucratif, une pression se fait pour que les Etats diminuent leurs financements dans les universités, etc. Bref les pays pauvres doivent désormais retourner à l'âge de la pierre taillée. On n'est pas loin de cette situation aujourd'hui car les tensions sociales se propagent dans tout le continent eu égard au fait que les Etats sont devenus faibles et vulnérables.

Du point de vue de l'ajustement financier les institutions étatiques doivent désormais modérer les crédits à l'économie, défiscaliser ces crédits pour permettre aux entreprises extérieures de rentabiliser leur épargne. Toutes les barrières du protectionnisme bancaire doivent désormais sauter, sans que cela se fasse par le gradualisme. Certains pays comme la Tunisie ont su s'opposer à ces diktats et mener une politique prudentielle qui tienne compte des spécificités locales. Les implications sont nombreuses et l'intérêt de cet article est de montrer une description sommaire des catastrophes économiques qui expliquent en partie la misère dans laquelle plonge les populations africaines.

Cette misère causée par les politiques inappropriés fut si grande que certains grands économistes ont sorti la voie à l'image du grand patron Joseph Stiglitz, ex vice président de la Banque Mondiale, prix Nobel en 2001. Il souligne le fait qu'ils ont pendant longtemps mené des politiques sans même prendre en compte les spécificités de différents Etats. Il développe la théorie de la sélection adverse qui montre que les partenaires choisis dans le cadre des politiques n'étaient pas forcément ceux qu'il convenait de prendre, le choix se faisant selon des critères peu transparents. Il souligne par ailleurs que les institutions de Bretton Woods n'ont pas fait confiance aux compétences des pays pauvres concernés. Il se pose aussi le problème de détournement de compétences, les salariés pauvres (surtout ceux du secteur public) adaptant leur spécialité aux nouvelles opportunités de financement de projets. Face à tous ces échecs Stiglitz démissionne, critique vigoureusement le FMI (Voir son dernier livre : La grande désillusion, apparu en Avril chez Fayard) et sa relation avec les institutions de Bretton Woods c'était désormais : « Je t'aime-Moi non plus ».

Il est par ailleurs important de souligner que ces politiques de destruction de capacités se sont opérées de concert avec des responsables africains peu soucieux du bien être public. Le clientèlisme au sommet des États a eu un effet accélérateur sur les crises économiques, et les conséquences qui en sont issues ont secoué le continent et hypothéqué le futur de beaucoup d'africains. Le principe de l'équité intergénérationnelle n'a pas été appliqué et la génération actuelle cherche encore ses marques.

Les crises du continent africain viennent de loin, son économie conçue de l'extérieur pour qu'elle en soit ainsi. Il appartient donc aux africains eux même de construire leur vison du développement pour des lendemains qui chantent. C'est pourquoi il est heureux que le NEPAD se profile à l'horizon, même s'il est encore en phase de conception avec beaucoup de questionnements non résolus.



Ibrahima Gassama



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